Il y a des projets qui naissent d'une stratégie. D'autres d'un calcul. Et puis il y a ceux qui naissent d'un dégoût — celui de voir, partout, le même mobilier répété, lissé, vidé de sa main.
Plato fait partie de la deuxième catégorie.
D'où vient l'idée
Avant de créer une marque de mobilier, nous étions architectes. Nous concevions des espaces — des maisons, des bureaux, des restaurants — et nous passions un temps fou à chercher, pour nos clients, des pièces qui aient une vraie présence. Pas un meuble fonctionnel. Pas un objet décoratif. Quelque chose entre les deux : une pièce qui tient la pièce.
Le constat, à force, est devenu insupportable. Le mobilier industriel répétait des formes sans plus savoir pourquoi. Le mobilier d'auteur tenait dans des galeries, à des prix qui le rendaient inatteignable. Et entre les deux : presque rien.
🟡 [À CONFIRMER avec Nino] — Combien êtes-vous de fondateurs exactement ? Tous architectes de formation ? Le projet est-il né à plusieurs en même temps, ou d'une initiative individuelle qui a fédéré ensuite ?
La rencontre avec la matière
Le déclic est venu d'un chantier. (🟡 [À CONFIRMER] — lequel, où, pour quel client si l'anecdote peut être racontée. Sinon, on garde la version anonymisée ci-dessous.) Sur ce chantier, un artisan appliquait un mortier minéral sur les sols et les murs. Une matière qu'on appelait béton ciré, mais qui n'avait rien à voir avec le béton qu'on connaissait — pas de coulage, pas de coffrage, pas de masse. Une finition. Quelque chose qui se posait à la main, par couches très fines, et qui prenait, en séchant, une profondeur que rien d'autre n'égalait.
Nous sommes restés à regarder l'artisan travailler une demi-journée.
Ce qui nous a frappés, ce n'était pas seulement le rendu — c'était le rapport au temps. Chaque couche demandait son séchage. Chaque ponçage demandait sa patience. Le résultat n'arrivait jamais avant huit ou dix jours. Et pendant tout ce temps, la matière vivait : elle changeait de teinte, elle s'éclaircissait, elle se révélait.
C'était l'inverse exact de l'industrie.
Quelques mois plus tard, nous avons fait notre première table. Pas pour un client. Pour nous. Pour voir.
La première pièce
🟡 [À CONFIRMER] — Quelle a été la toute première pièce ? Modèle, dimensions, finition, couleur, destinataire. C'est l'anecdote la plus importante de cet article — si tu peux la récupérer auprès de Nino précisément, ça transforme tout.
Cette première pièce, nous l'avons gardée. (à adapter selon ce que dit Nino). Elle a passé l'année dans l'agence, sous nos yeux, à recevoir des cafés, des plans roulés, des coudes posés trop fort. Elle a vieilli. Elle s'est patinée. Elle ne s'est pas abîmée.
À la fin de l'année, nous avons compris que ce n'était plus un projet d'architectes. C'était une marque.
Pourquoi Plato
Le nom est venu vite — plus vite, en tout cas, que la décision de quitter l'architecture pour s'y consacrer.
🟡 [À CONFIRMER] — L'origine exacte du nom : référence à Platōn (Platon le philosophe) ? au plateau (la table) ? aux deux ? Le macron sur le Ō est-il une référence typographique précise ?
(en attente de la réponse, version plausible et cohérente :) En grec ancien, πλάτος (plátos) désigne la surface plane, la largeur, l'étendue. C'est le mot dont dérivent à la fois plateau et Platon — la table et le philosophe. Une racine qui parle d'horizontalité, de stabilité, de fondation. Et qui rappelle, aussi, que les meubles dont on se souvient sont ceux autour desquels on s'est assis pour discuter, manger, penser.
Le macron sur le Ō — cette barre horizontale au-dessus de la lettre — est une convention typographique pour marquer une voyelle longue. Une manière, pour nous, de signaler que le nom doit se prononcer avec un peu de durée. Comme la matière qu'il désigne.
Aujourd'hui
Aujourd'hui, (🟡 [À CONFIRMER] — où est l'atelier exactement ? combien de personnes y travaillent ?). Nous fabriquons à la commande, jamais en série. Une table demande trois à six semaines. Une suspension, un peu moins. Une bougie, quelques jours.
Nous gardons la fabrication artisanale parce que c'est elle qui nous a fait commencer. Et parce que, à chaque fois qu'un client passe la main sur un plateau qui vient d'être livré, on voit la même chose se produire — le même silence que devant l'artisan, sur le chantier, il y a (quelques années).
Ce qui n'a pas changé : nous restons des architectes. Nous concevons chaque pièce comme nous concevions des espaces. En pensant à celles et ceux qui vont y vivre.
Plato. L'(art)tisanat au service du design.
